Comment socialiser son chiot avec les chiens

Socialiser son chiot avec les chiens s’avère plus compliqué que le familiariser aux humains, assez souvent. En effet, pour faire vivre de bonnes expériences à son chiot, avec une diversité suffisante de personnes, nous pouvons mettre nos proches à contribution. Mais qui a « sous la main » et pendant deux mois, une variété de chiens et les conditions idéales ? Pas grand monde.

Ainsi, de nombreuses personnes s’en remettent aux chiens qu’elles croisent pendant les promenades.

Nous allons voir pourquoi ce n’est pas idéal et comment procéder en prenant moins de risques.

1- Les apparences trompeuses

Tout d’abord, il faut savoir que les chiots âgés de 2 mois ont l’air tout peace and love (l’immense majorité). Ils ne veulent généralement que jouer avec les chiens, et beaucoup de gens ne voient pas où il pourrait y avoir un quelconque problème.

Je n’aime pas faire des parallèles avec les enfants mais ça va me permettre d’expliquer quelque chose. Un enfant qui n’a jamais vu, par exemple, une personne avec des tatouages plein les bras, ne restera pas indifférent quand il verra une personne tatouée pour la première fois. Il peut montrer la personne du doigt, ne pas vouloir dire bonjour, se réfugier dans les bras de sa mère/son père, etc. Le comportement de l’enfant peut paraître inadapté (aux conventions sociales).

L’enfant peut comprendre que la personne est très sympathique, simplement parce que cette personne est effectivement sympa avec lui. Un phénomène similaire se produit chez les chiots.

Là où le parallèle s’arrête, c’est que très jeune déjà, on peut expliquer à l’enfant que le monsieur ou la dame est « normal » (sans danger) et l’enfant peut aussi découvrir plus tard et même quand il sera adulte, que les gens tatoués peuvent être sympas, par exemple en rencontrant une personne tatouée sympathique…

Tandis qu’avec un chien :

  • vous ne pouvez rien expliquer
  • après sa « petite enfance », il ne peut plus intégrer ce qui est normal avec une bonne expérience

La socialisation des enfants est bien sûr très différente, mais il y a aussi un moment où c’est plus difficile d’intégrer ce qui est normal.

2- Les enjeux de la « petite enfance »

Dans sa vie, votre chiot va rencontrer des chiens. Peut-être tous les jours, peut-être de façon exceptionnelle, mais peu importe ce qu’il en est aujourd’hui ou comment vous envisagez l’avenir.

L’avenir est plein de surprises et, vers l’âge de 3 mois déjà, le cerveau de votre chiot commence à moins bien intégrer ce qui est « normal ». Les bonnes expériences n’ont déjà plus cet impact fort et durable sur ses comportements.

Quand un chiot atteint l’âge de 4 mois, ce dont il n’a pas fait l’expérience jusque-là le fera réagir (changer de comportement).

Ainsi, quand vous accueillez un chiot âgé de 2 mois, le premier mois qu’il passe avec vous est capital pour sa sociabilité. Le deuxième mois est aussi très important. Et attention, dans l’idéal, il faudrait poursuivre vos efforts au moins jusqu’à la fin de l’adolescence de votre chien.

Il n’y a pas que des réactions « dramatiques ». Des chiots plus âgés parviennent à s’habituer à des nouveautés. Des chiens adultes y parviennent aussi.

Mais passé l’âge de 4 mois, on n’obtient plus de conséquences aussi bonnes pour son chiot, par rapport à ce qui est entrepris avant cet âge.

Deux chiens adultes ne peuvent pas jouer ensemble si l’un d’eux n’est pas sociable.

J’ajouterais que les réactions aux congénères ne sont pas des comportements que l’on peut « vite et facilement » modifier chez un chien,  et que les problèmes de sociabilité avec les chiens impliquent des risques de sécurité.

Dans certains lieux de vie, avoir un chien qui est rarement indifférent aux autres chiens, ou qui les repousse, s’avère extrêmement handicapant au quotidien !

3- Les problèmes avec les chiens des inconnus

Je vais mentionner les principaux problèmes auxquels je peux penser, mais il en existe d’autres.

Il arrive que ce soit suffisant en terme de qualité des expériences, mais nous allons voir que dans la plupart des situations, le risque est élevé avec les chiens et les gens que vous ne connaissez pas – risque d’incident et plus couramment, le risque d’apprendre les « mauvaises » choses (et les mauvaises choses s’apprennent très vite car une fois peut suffire).

Cela n’a pas toujours été le cas mais, pour ma part, je suis certaine que si j’avais un chiot demain, il serait hors de question de m’en remettre aux chiens inconnus dehors pour sa sociabilité avec ses congénères.

A- Où sont les chiots ?

Quand on n’a que les chiens des inconnus dehors, pour tenter de socialiser son chiot avec les chiens (= lui faire vivre de bonnes expériences avec une diversité de chiens), le premier problème qui se pose c’est qu’il y a généralement une majorité de chiens adultes et peu de chiots.

Si votre chiot a eu un bon départ dans la vie, avant d’arriver chez vous, il a juste besoin de renifler des chiens et probablement de jouer avec certains d’entre eux (ou tous) – il n’a pas le besoin de les repousser, par exemple.

S’il pouvait renifler/jouer avec des chiots de son âge, le potentiel de bonnes expériences serait énorme ! Et le potentiel de mauvaises expériences très réduit.

Car les chiots de son âge (sauf exceptions rares) sont comme lui. Ils veulent surtout s’amuser. Tandis que les chiens adultes, s’ils aiment aussi jouer, ils ont passé l’âge de faire mumuse avec le premier venu.

Aussi, physiquement, c’est plus équilibré. Quand bien même à 2 mois, déjà, un cane corso par exemple, est bien plus volumineux qu’un Yorkshire, je préfère que mon bébé York joue avec un bébé cane corso, et non avec un chien adulte de 40 ou 50 kg.

Bon sang, ces gamins… !

Pardon, mais « comme les enfants » 🙂 les chiots sont attirés par leurs semblables et comme les enfants, c’est en compagnie d’autres chiots qu’ils retirent les meilleurs bénéfices pour leur avenir (notamment via le jeu, c’est pour ça que c’est compliqué avec un chien adulte) et pas entourés uniquement d’adultes.

B- Des conditions de contact rarement bonnes

Vous ne savez rien des chiens des inconnus dehors.

Quand vous approchez un chien adulte (volontairement) vous vous renseignez. Vous avez alors trois secondes (à peu près) pour demander « s’il est gentil » et décider d’approcher plus, ou pas… alors que pour les chiens, les « présentations » ont en fait déjà commencé et dans des conditions qui sont loin d’être idéales !

Je tire, tu tires, nous tirons…

Il est probable que votre chiot tire sur sa laisse pour aller renifler le chien que lui et vous avez vu. Vous venez d’apprendre que le chien est « gentil ». Vous laissez votre chiot le renifler. Votre chiot vient d’apprendre que tirer sur la laisse permet d’aller renifler un chien.

Comme vous ne pourrez pas approcher tous les chiens qui passent, parfois vous direz « non » à votre chiot et vous irez, ensuite, demander à Google pourquoi mon chiot tire sur sa laisse à chaque fois qu’il voit un chien 🙂 (non ce n’est pas drôle, mais c’est ce qui se passe assez souvent).

En plus, il faudrait observer les signaux que le chien inconnu est en train d’émettre avec son corps et ceux de votre chiot, car demander à la personne ne suffit pas. Un chien « gentil » avec les autres chiens n’est pas forcément copain avec tous les chiens de la Terre.

En plus plus, pour vous dire à quel point ces rencontres ne sont pas idéales (même quand vous avez l’impression que tout s’est bien passé) lorsque vous pensez offrir une bonne opportunité à votre chiot d’aller au contact d’un chien sociable, vous ignorez (ou n’y songez pas car tout va si vite) que se renifler la face n’invite pas les chiens à bien s’entendre.

Ils devraient pouvoir se renifler le derrière en premier. Malheureusement, même quand on le sait et qu’on y pense, en laisse, deux chiens ne s’approchent pas d’une façon naturelle pour eux – une façon polie selon les codes de communication en vigueur dans leur monde. Cela signifie que fréquemment, les hostilités sont déclenchées par la manière dont les chiens s’approchent l’un de l’autre.

Enfin, garder la laisse détendue, bouger pour éviter qu’elle se tende et d’abord veiller à ce que les chiens s’approchent de la bonne façon et se reniflent le derrière en premier… ne peut se faire qu’avec la collaboration de la personne qui tient l’autre chien.

Le derrière en premier, la face en dernier.

Pour cette raison, c’est juste impossible, avec les inconnus dehors, d’obtenir les bonnes conditions pour socialiser son chiot avec les chiens.

Maintenant, certains y parviennent. Les facteurs de réussite ou d’échec sont nombreux et dépendent tellement de chaque chiot, chien rencontré, circonstances… Mais nous verrons qu’il y a bien mieux que la méthode « au petit bonheur la chance » !

C- Un incident avant l’âge de 3 mois, non merci !

Parce que les conditions idéales ne sont pas réunies, socialiser son chiot avec les chiens en comptant sur le hasard des bonnes rencontres, pendant vos promenades, augmente le risque qu’un incident de produise.

Et quand un incident se produit avec un chiot de moins de 3 / 4 mois, il est possible que l’émotion « perturbante » ressentie, même brièvement, reste toujours en lui. On appelle ça un traumatisme.

Tous les incidents ne sont pas traumatisants pour tous les chiots, mais le but du jeu pour l’avenir de votre chiot, est à la fois de lui faire vivre de bonnes expériences et d’éviter les mauvaises expériences.

4- Les chiens des proches

Quand on connaît quelqu’un qui a un chiot du même âge ou presque, bye bye les mauvaises conditions qu’offre la rue pour socialiser son chiot avec les chiens. Toutefois, c’est encore loin d’être idéal.

A- Les conditions peuvent être meilleures

Plus votre chiot est jeune quand il vit de bonnes expériences avec d’autres chiens, plus il apprend durablement de ses bonnes expériences. Connaître quelqu’un qui a un chiot du même âge que le vôtre peut représenter un atout. Un chien adulte sociable aussi, à condition de favoriser les bonnes expériences.

Car pour qu’ils s’entendent, il faut les aider un peu et parfois beaucoup.

Je pense qu’une rencontre préparée avec un chien que l’on connaît et quelqu’un que l’on connaît vaut mieux que mille rencontres improvisées avec les chiens des inconnus dont on ne sait strictement rien.

Cependant, le problème avec le chiot ou les chiens de vos proches, c’est le manque de diversité.

B- Le problème de la diversité

Il n’y a pas d’espèce animale présentant autant de diversité d’aspects physiques que le chien.

C’est pourquoi le chiot ou le chien super cool de votre frère, belle-sœur, meilleur(e) ami(e)… ne suffit pas à « rendre » votre chiot sociable avec les chiens. Ce sont de bonnes expériences qui comptent, mais avec un chien au physique bien particulier.

Si par exemple, votre chiot n’a pas l’occasion de vivre de bonnes expériences pendant la période cruciale de socialisation avec (au moins) un chien qui a un museau très court, il peut tout à fait devenir « réactif » aux chiens qui ont des museaux courts.

Il n’est pas du tout rare de voir des chiens adultes indifférents uniquement à des chiens de certaines morphologies.

Je dis toujours « vivre de bonnes expériences » pour être claire sur un point important : « voir » des chiens ne suffit pas.

Mais pourquoi on ne m’a pas prévenu qu’il existait des chiens aussi grands ?

5- La meilleure solution pour rendre son chiot sociable avec les chiens

Pour que votre chiot grandisse en étant à l’aise avec les chiens de toutes sortes et quand il sera attaché ou détaché, la meilleure solution est de vous en remettre à un service professionnel.

Voici les possibilités les plus courantes (PS : ces services ne coûtent pas très cher).

A- Participer à la section chiots d’un club canin

Si vous trouvez un bon club canin près de chez vous, celui-ci propose sûrement quelque chose pour les chiots.

Généralement, vous vous y rendez au moins une fois par semaine. Les offres varient. Vous pouvez suivre des cours ou parfois ne pas en suivre, mais votre chiot participe à des séances destinées à aider les chiots à devenir sociables avec leurs congénères et les conditions sont idéales !

  • Il y a là des chiots de l’âge de votre chiot ou l’écart est très limité.
  • Les chiots ont des aspects physiques variés, des tailles variées…
  • Les chiots ne sont pas attachés ; ils peuvent vraiment apprendre à bien communiquer.
  • Il n’y a pas de chien adulte et lorsque votre chiot est amené à rencontrer un chien adulte au club canin, celui-ci n’est pas choisi au hasard ; c’est un habitué des bébés qui sait comment communiquer.
  • Tout ce petit monde est sous la supervision d’au moins une personne qui a l’habitude d’observer les fameux signaux sur le corps des chiens, pour savoir si un chien est tendu ou pas (mais dans ces conditions idéales avec des chiots de 2 ou 3 mois et même 4, il y a rarement lieu d’intervenir).
  • Par ailleurs, votre chiot voit aussi des personnes différentes.
  • Et j’ajoute que pour les craintes concernant la vaccination, vous êtes tranquille aussi de ce côté-là.

On est bien loin des « il est gentil ? » et « je peux m’approcher ? » avec des chiens adultes dont on ignore tout et des laisses tendues 🙂

B- Faire appel à un éducateur canin 

S’il n’y a pas de bon club canin près de chez vous, il y a peut-être un bon éducateur canin qui propose un service axé sur la socialisation des chiots.

Ce peut être le même service qu’un club canin, et votre chiot va s’amuser avec d’autres chiots une fois par semaine ou plus. Ce peut être autre chose, comme des promenades en groupe, promenades éducatives ou autre terme.

Pour conclure

Il n’est pas impossible de socialiser son chiot avec les chiens, en croisant les doigts pour rencontrer suffisamment de chiens sociables pendant les promenades. Nous avons vu quelques uns des principaux problèmes. En les connaissant, vous pouvez faire moins d’erreurs et des tas de paramètres peuvent aussi jouer en votre faveur.

Ceci dit, il existe des solutions beaucoup moins risquées.

Et si améliorer les comportements problématiques est possible, pour un chien qui n’a plus 4 mois, c’est tout de même plus laborieux que d’amener son bébé à l’école des chiots 🙂

2017-12-03T10:31:35+00:00