Votre chien ne vit-il que dans le présent ?

La mémoire du chien fonctionne différemment de la nôtre mais n’est-il pas réducteur de dire que « les chiens ne vivent que dans le présent » ?

De nombreuses personnes ayant un chien n’ont pas cette impression et la science actuelle tend à confirmer que ce n’est pas la réalité.

D’où vient l’idée que les chiens vivent dans le présent ?

De nombreux comportements des chiens nous poussent à concevoir qu’ils ne vivent que dans le présent.

Par exemple, aboyer (pendant des années) quand on part (alors qu’on finit toujours par revenir)… ou la rapidité avec laquelle des chiens maltraités vivent comme s’il n’y avait jamais eu de maltraitance.

On a même l’impression que ce qui ne se produit plus n’existe plus !

La mémoire par associations

Pour ce que l’on connait du fonctionnement de la mémoire du chien, un chien maltraité ne se souvient pas de son lourd passé comme une personne peut s’en souvenir.

Ce chien ne se souvient pas qu’il a peur des chevaux mais si des chevaux passent, la peur va refaire surface.

A priori, les chiens utilisent un type de mémoire par associations. On dit souvent que ce n’est pas une vraie forme de mémoire.

Pourtant, ces associations peuvent durer des années et toute la vie d’un chien. Certaines ont vraiment la peau dure.

Comme la réactivité d’un chien au départ de son humain.

Si vous prenez vos clés et que vous sortez, votre chien comprend que vous allez sortir, la prochaine fois que vous prenez vos clés. S’il lui est intolérable que vous sortiez sans lui, il peut aboyer, par exemple. Ainsi, prendre les clés déclenche l’aboiement parce que l’action de prendre les clés est associée à votre départ.

Pour réagir, un chien réactif se base sur l’émotion associée à l’évènement. Le chien réactif perçoit le bruit des clés qui lui annonce que vous partez. Il ne conçoit pas que vous allez revenir.

Une émotion resurgit et c’est comme s’il n’y avait qu’elle.

Ce chien ne se souvient sans doute pas de son premier bain mais l’émotion qu’il avait alors ressentie est restée en lui.

Pour les chiens maltraités, ce type d’associations établies dans le passé peut « réveiller » des émotions. Par exemple : sortir un balai fait courir un chien qui va se cacher sous un meuble. On peut suspecter que ce chien a pris des coups de balai.

L’impression que « ce qui ne se produit plus n’existe plus » vient sans doute du fait que lorsque rien ne fait resurgir ses « mauvaises » émotions, un chien maltraité se porte bien (bien sûr, c’est plus compliqué avec pas mal de chiens maltraités ; il y a aussi des traumatismes).

Et tant que vous n’agitez pas vos clés, votre chien ne s’inquiète pas du fait que vous risquez de partir sans lui.

Est-ce parce que ces processus sont inconscients qu’il n’y a pas de « mémoire » ?

Non, nous savons tous qu’il existe des types de mémoire consciente et inconsciente.

Les mémoires qui n’actionnent pas la conscience 

Les chiens, c’est certain, ont des formes de mémoire implicite (également dite « non déclarative »), sans entrer dans les détails :

  • la mémoire procédurale, qui permet de se souvenir des mouvements à faire – comme lorsque votre chien revient vers vous quand vous l’appelez parce que vous le lui avez appris.
  • l’amorçage, ou quand le contexte « dit quoi faire » : un événement a été vécu et si quelque chose évoque cet événement, le comportement que l’on a est influencé par cet événement (qu’on n’avait pas consciemment retenu).
  • l’habituation, autrement dit et vite dit, le fait qu’un stimulus ne déclenche plus de réponse.
  • le conditionnement classique, vous connaissez peut-être Pavlov et sa cloche qui ne veut rien dire, et la nourriture qui fait saliver, puis la cloche et la nourriture sont présentées en même temps, et enfin la cloche fait saliver !

On peut parler d’une mémoire perceptive (tout ce qui est olfactif, auditif, etc), sans soute super-puissante chez le chien. Le vétérinaire Joël Dehasse, entre autres, parle de mémoire sociale et aussi de mémoire topographique. Comme c’est un sujet en cours d’étude, on trouve toutes sortes d’approches et de visions intéressantes de la mémoire du chien.

Mais tout ceci ne relève pas de la conscience.

C’est sûrement ce qui fait dire que les chiens vivent dans le présent ?

Je ne doute pas que nous avons un cerveau extraordinaire, mais je crois qu’au fil des découvertes sur notre « merveilleux » cerveau, nous avons eu tendance à en conclure que les animaux eux, sont limités, comme si c’était la logique des choses.

Alors qu’ils sont différents.

C’est comme dire que les chiens n’ont aucune notion du temps qui passe

Ceci est réducteur, également.

Il y a eu plusieurs études montrant que les chiens ont des réactions plus intenses au retour de leurs humains quand ils restent plus longtemps seuls. Une étude avait notamment montré les différences entre 30 minutes et 4 heures, avec des mesures du rythme cardiaque.

Les chiens de l’étude n’étaient pas du tout des chiens réactifs aux départs. Et pendant l’absence des humains, pas de modification de comportement.

Mais à leur retour, plusieurs critères d’observation ont nettement augmenté (comme le corps qui remue) avec l’augmentation du temps passé seuls – le rythme cardiaque augmentait déjà chez les chiens, après 2 heures passées seuls par rapport à une demi-heure.

Cette étude démontre que les chiens sont affectés (dans le sens d’avoir des « symptômes » physiques) par la durée écoulée.

N’y a t-il donc aucune perception d’aucune sorte de la durée ?

Permettons-nous d’en douter.

Un chien ne sait pas depuis « combien de temps » il est en train de marcher mais son corps lui dit quand il est fatigué.

On peut en douter aussi avec les signaux biologiques que leur corps leur envoie (assez bien étudiés aussi).

Le dimanche matin, quand votre chien qui mange toujours vers 6 heures, vient vous réveiller vers 6 heures, il ne sait pas quelle heure il est et il ne sait pas combien d’heures ont passé depuis la dernière gamelle (il ne sait pas que c’est le seul jour de la semaine où vous pouvez dormir, non plus).

Dans ce genre de situations, nous avons l’impression que nos chiens ont une perception du temps comme la notre. En fait, c’est comme un stimulus qui déclenche un comportement, sauf que le stimulus vient du corps du chien.

Les « oscillateurs circadiens » (on parle souvent d’horloge interne) sont divers signaux biologiques qui engendrent des comportements.

Cette horloge biologique ne leur donne-t-elle pas une forme d’indication du « temps qui passe » ?

Nous disons que les chiens n’ont « aucune notion du temps » mais ce serait peut-être plus exact de dire que ce n’est pas la même notion que la nôtre.

Quand nous disons que les chiens n’ont aucune notion du temps qui passe, j’ai l’impression que nous nions l’existence de quelque chose juste parce que c’est différent de nous.

Les chiens ont une mémoire à long terme mais laquelle ?

Nous avons toujours attribué aux chiens des capacités de mémoire qui ne permettent pas de faire consciemment appel à des souvenirs. Le débat sur le sujet de la mémoire du chien (et bien d’autres animaux) porte sur la question suivante : n’auraient-ils pas une forme de mémoire consciente (comme nous) ?

Les types de mémoire qui font appel à la conscience sont « sémantique » ou « épisodique ».

Il y a petit débat pour la première et gros débat pour la seconde.

Mémoire sémantique

Nous savons que de nombreux animaux ont une mémoire sémantique ou une « espèce de » mémoire sémantique.

Pour un exemple concret, c’est ce qui permet aux singes d’apprendre le langage des signes.

Il faut pouvoir accéder à l’abstraction (se faire une représentation ou avoir des connaissances conceptuelles). On peut dire « espèce de » mémoire, en raison du fait qu’un singe peut apprendre un signe mais pas inventer un signe lui-même.

Pour les chiens, il me semble que je peux donner l’exemple suivant. Quand je prononce le nom de mon chat (sans contact visuel avec ma chienne), ma chienne va regarder aux endroits où mon chat se trouve habituellement. Pour que ma chienne cherche mon chat au son « Barnabé » (c’est mon chat), il faut qu’elle ait, disons une « certaine conscience » de l’existence de mon chat.

Ce genre de choses est une forme d’abstraction ; beaucoup de propriétaires de chiens auraient d’autres exemples à fournir, peut-être plus parlants. Toujours est-il que les chiens ont une mémoire sémantique pour de nombreux scientifiques, une « espèce de » mémoire sémantique pour d’autres.

Passons donc au sujet qui fâche 🙂

Mémoire épisodique

Saurons-nous un jour ce qui se passe exactement dans la tête d’un chien qui semble « songer » ?

C’est se souvenir de ce qu’on a vécu. On se représente le passé. C’est ce qui fait l’expérience personnelle. D’ailleurs, certains parlent de mémoire « auto-biographique ».

C’est un processus conscient qui peut néanmoins être volontairement ou involontairement activé – essayer de se souvenir du coût de sa première voiture est volontaire ; un souvenir de jeunesse qui resurgit en pensant à sa première voiture est involontaire.

Le grand débat sur la mémoire du chien, et la mémoire des animaux en général, concerne ce type de mémoire à long terme. Généralement, il est plus souvent admis que les animaux n’ont pas cette mémoire autobiographique.

Certains disent que oui pour quelques espèces (comme les dauphins). D’autres disent que ce n’est pas ce type de mémoire qui entre en jeu.

Généralement, il est admis que les chiens n’ont pas de mémoire épisodique.

Or, en 2016, une étude (Fugazza, Pogány, Miklósi) a semé le doute (même si certains en doutaient déjà, mais c’est tellement dur à démontrer).

Les chiens auraient une forme de mémoire épisodique

Pour bien comprendre, il y a 3 phases dans le processus de mémoire : encodage (capacité d’acquérir de nouvelles informations en provenance de nos sens*), stockage de l’information et rappel de l’information.

Une caractéristique fondamentale de la mémoire épisodique, explique le résumé de l’étude, est de pouvoir se rappeler de quelque chose après une phase d’encodage sans importance ; c’est-dire que l’on voit (par exemple, ou entend, etc.) quelque chose, et on ne sait pas qu’il va falloir s’en souvenir.

Mais on s’en souvient. Vous pouvez demander à quelqu’un « tu te souviens du jour où ceci/cela est arrivé ? » et la personne qui n’a pas attaché autant d’importance que vous à l’événement se gratte la tête (par exemple !) et soudain vous dit « ah… ouiiiiii ! ».

On ne peut pas poser ce genre de questions à un chien pour vérifier s’ils ont ce genre de mémoire. Alors les chercheurs ont utilisé un « truc ». On peut tester cette forme de mémoire chez les chiens si le rappel de l’information (après encodage et stockage) n’est pas du tout attendu (un peu comme quand quelqu’un dit « ah ouiiii ! »).

Ils ont utilisé une méthode d’apprentissage appelée « Do as I do » (fais comme moi). Cela consiste à apprendre « fais comme moi » au lieu de, par exemple, « touche ».

Là où vous et moi apprendrions le mot « touche » à nos chiens, pour qu’ils touchent un objet d’une patte, avec cette méthode d’apprentissage, on touche l’objet soi-même et ensuite, on demande « fais comme moi » au chien, et il va toucher l’objet. Et on lui apprend à faire d’autres choses de la même façon : un geste/une action humaine suivi de « fais comme moi ».

Donc pour l’étude, une quinzaine de chiens ont travaillé avec cette méthode. Ensuite, peu importe l’action effectuée par les humains, il est attendu que les chiens se couchent. Ils ne s’attendaient plus à devoir imiter une action. Ils s’attendaient à ce qu’on leur demande de se coucher.

Comme on leur demandait de se coucher, les chiens « croyaient » que ce qu’ils voyaient faire n’avait plus d’importance.

Une fois que cela n’avait plus d’importance, ils ont pu tester si les chiens se souvenaient des actions à imiter en leur demandant « fais comme moi » au lieu de se coucher.

Ils n’étaient pas censés le retenir (car ils ne sont pas censés avoir ce type de mémoire). Pourtant, ils l’ont retenu, une minute à une heure après.

En conclusion, les chiens se souviennent d’événements du passé relativement complexes (actions humaines) même lorsqu’ils ne s’attendent pas à ce qu’on leur demande de s’en souvenir.

Ce qui leur permet de faire ça est a priori un genre de mémoire épisodique.

Il faut attendre d’autres études sur le sujet mais ça bouscule ce que l’on pensait savoir de la mémoire du chien !

* recall-you.com

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2018-06-25T14:51:54+00:00