dominance chez le chien

La dominance est notre façon, à nous les humains, d’interpréter une sorte de convention sociale qui sert à des animaux vivant en groupe (ex: les singes, les loups…) à résoudre des conflits sociaux d’une façon pacifique.

Nous les humains, nous sommes une espèce très agressive et nous attribuons aux animaux des intentions que nous seuls pouvons avoir en raison de la complexité de notre raisonnement et de nos émotions, entre autres choses.

Il existe de nombreux animaux qui vivent en groupe dans la nature. Ils mènent une vie très difficile. Survivre demande de coopérer les uns avec les autres, par exemple pour chasser. Il est donc important pour eux de développer certaines règles de vie.

Nos chiens sont des animaux domestiques. Ils ne vivent pas en groupe. Quand ils vivent à plusieurs, ils ne chassent pas pour manger. Ils ne se battent pas pour protéger un territoire sur lequel ils chassent et se reproduisent.

Les chiens ne vivent pas selon des principes hiérarchiques. Ni entre eux, ni par rapport à nous. L’expression « chien dominant » n’a aucun sens. L’expression « race dominante » encore moins.

Les premières études à ce sujet, sur les loups, donnaient l’impression que ces animaux se battaient souvent et, pendant longtemps, on a pensé que le « loup dominant » était un chef intimidant. De nombreuses personnes pensaient que pour bien éduquer un chien (descendant des loups mais c’était il y a des dizaines de milliers d’années), il fallait surtout lui montrer qu’on était le chef. Cela se faisait par l’intimidation.

De grands experts du loup, tels que David Mech, ont observé l’animal dans la nature et non plus en captivité – ce qui, d’après eux, faussent les observations et conclusions – et ils ont prouvé que ce que nous appelons la « dominance » sert à éviter les bagarres.

Dans les années 2000, les spécialistes du loup commencent à écrire dans leurs ouvrages que les meutes de loups sont avant tout des familles. Ils démontrent que le loup « dominé » (mais ce n’est pas comme nous, quand nous nous sentons rabaissés ou humiliés) coopère avec le loup dominant : le dominant ne force jamais le dominé à obéir.

Alors l’idée d’intimider son chien pour lui montrer qu’on est le chef est peu à peu rejetée. Toutefois, de nombreuses personnes n’avaient jamais eu recours à la coercition avec leurs chiens car pour elles, la logique voulait qu’on essaie de ne pas faire peur à un chien si on veut qu’il nous écoute (il faut dire aussi que dès les années 1970, on avait suggéré que la dominance chez les animaux évite la violence et que ce n’est donc pas ce que nous interprétons – mais nous sommes vraiment une espèce très agressive qui voit le mal partout y compris chez les autres espèces et surtout chez les mammifères – le loup a particulièrement souffert de cette vision noire du monde animal, avec les innombrables histoires de loup-garou, grand méchant loup, etc.).

Comme c’est relativement récent tout ça – et qu’il existe différentes méthodologies pour observer les loups (et les animaux en général) – on continue d’entendre différents sons de cloche. Toutefois, même si son comportement social est vraiment très complexe, on connaît mieux le loup aujourd’hui et il est certain que dominer n’est pas agresser.

En outre, le chien n’a rien à voir avec le loup.

Mech, parmi d’autres experts, rejette l’idée que toutes les meutes de loups fonctionnent selon une stricte hiérarchie linéaire (surtout quand ils observent des grandes meutes et surtout dans la nature). Une hiérarchie linéaire, grosso modo, c’est quand le statut d’un membre du groupe dépend du statut des autres membres.

Même s’il n’est pas le seul chercheur influent, on peut dire que David Mech a bouleversé ce que l’Homme pensait du loup, notamment en 1999, avec sa publication devenue légendaire « Alpha Status, Dominance, and Division of Labor in Wolf Packs » (13 ans d’observations) dans laquelle il écrit* : « ici, je décris l’ordre social d’une meute de loups tel qu’il se produit dans la nature (…). Je conclus que la meute de loups typique est une famille (…) ».

Dans les années 2000, plusieurs études essaient de montrer que le chien fonctionne selon une hiérarchie linéaire. Des chercheurs veulent notamment montrer que les chiens mâles et femelles auraient leurs propres règles hiérarchiques (et par moments elles s’intégreraient les unes aux autres) et que la hiérarchie chez le chien fonctionnerait selon l’âge : plus un chiot grandit, plus il est concerné par les règles hiérarchiques mais quand il est petit, il est exclu de la hiérarchie/dominance chez le chien.

Tout cela concorde à peu près avec certaines études sur les chiens sauvages. L’une de ces études les plus connues est celle de Roberto Bonanni qui étudie les chiens en liberté, c’est-à-dire pas en captivité, donc selon toute une branche de la recherche, dans leur « milieu naturel ».

Mais ce sont des chiens sauvages ou semi-sauvages. Nous avons des animaux domestiques. Et le milieu naturel de nos chiens, c’est chez nous. Et il existe autant de milieux naturels qu’il existe de chiens.

Pourquoi persister à étudier le chien par rapport au loup, alors que nous savons maintenant qu’ils se comportent très différemment et en plus, ils ont des vies radicalement différentes – les uns luttent pour leur survie 24/24 h tandis que les autres n’ont que des jouets à « protéger » ou des terrains sur lesquels ils ne se reproduisent ni ne chassent ? Heureusement, il y a aussi de nombreuses (de plus en plus nombreuses) études scientifiques sur le chien qui s’intéressent à d’autres choses qu’à la hiérarchie !

De grands chercheurs et spécialistes en comportement animal, tels que Bradshaw, McConnell, Horowitz, le canadien O’Heare mais aussi de nombreux passionnés auto-formés et des éducateurs influents comme la britannique Victoria Stilwell ou l’américaine Wendy van Kerkhove, doutent de/réfutent l’idée que la hiérarchie de type dominant/dominé, comme celle du loup (fondamentalement mal interprétée par l’humain) ait une quelconque utilité pour éduquer son chien et gérer des conflits entre chiens.

Beaucoup disent simplement que cela n’existe pas.

C’est une façon de voir les choses, due à notre remarquable agressivité.

Aucun animal sur cette planète n’en soumet un autre pour l’obliger à lui obéir.

Nous sommes les seuls à le faire.

Sources principales

  • The Social Dog : Behavior and Cognition, Kaminski, Marshall-Pescin, 2014.
  • Wolves : Behavior, Ecology, and Conservation, L. David Mech, Luigi Boitani, 2003.
  • A Fresh Look at the Wolf-Pack Theory of Companion-Animal Dog Social Behavior, Wendy van Kerkhove, 2004