3 préjugés sur le chien (très populaires) que vous pouvez oublier

Les préjugés sur le chien dont nous parlons ici sont très anciens et démentis par la science. Pourtant, ils sont toujours populaires !

Avoir des préjugés à propos des chiens n’est pas toujours néfaste, mais de nombreuses croyances nous poussent tout de même à ne pas bien les respecter et d’autres engendrent de sérieux ennuis.

En voilà 3 que vous pouvez oublier !

1-Secouer son chiot par la peau du cou lui permet de comprendre qu’il a fait une bêtise

D’où vient cette croyance

On peut entendre ou lire assez souvent que lorsqu’un chiot a fait une bêtise, on peut le secouer par la peau du cou et c’est efficace parce que c’est ce que font les chiennes. La main humaine imitant la gueule de la maman permettrait de se faire comprendre facilement.

Pourquoi c’est un préjugé

Parce que les chiennes ne secouent pas leurs chiots par la peau du cou pour leur signifier qu’ils ont mal agi. Ni pour quoi que ce soit d’autre, d’ailleurs.

Dans les ouvrages spécialisés et aussi des livres plus grand public à propos des chiens, l’étude fréquemment citée pour démontrer qu’elles ne le font pas est celle du suédois Anders Hallgren en 1988 (1) diffusée ensuite mondialement par Animal Behaviour Society. Comme je ne la trouve pas (ou que tout est en suédois), je vais me référer à K. Overall (2) qui donne les chiffres suivants à propos de l’étude : sur 190 éleveurs interrogés, 97,2% ont déclaré ne jamais avoir vu aucune chienne secouer son chiot par la peau du cou.

Hallgren, un des premiers spécialistes en psychologie canine, écrit sur son site qu’en fait, contrairement à ce que croient certains, « les mères sont extrêmement sympathiques et compatissantes envers leur progéniture »(3).

J’ai envie d’ajouter que si vous voyez une chienne secouer un chiot par la peau du cou, un vétérinaire ou un éducateur canin (moderne) vous dira que la chienne n’a pas un comportement normal (par rapport à ce que nous savons de l’espèce canine). Et le chiot est en danger.

Ce comportement, secouer un animal dans sa gueule, vous l’avez peut-être déjà vu. C’est un des derniers comportements de ce qu’on appelle parfois la « séquence de prédation » (mais laissez-moi préciser que ce n’est pas une « loi » : tous les chiens qui poursuivent des bêtes ne vont pas jusque là).

Les chiens s’amusent à secouer des jouets. Les chiennes peuvent transporter leurs chiots (qui ne marchent pas encore) en les attrapant par la peau du cou. Mais les chiennes ne secouent pas leurs chiots pour manifester leur désaccord. Elles le font différemment, plus subtilement pourrait-on dire.

Les chiens sont tellement plus subtils que nous.

Pourquoi vous pouvez oublier cette idée

C’est douloureux pour un chiot que de le secouer par la peau du cou et vous pouvez le blesser.

En provoquant de la douleur, on peut mettre fin à un comportement. Cette façon de procéder relève de la punition positive. La punition positive est une voie royale pour tout gâcher entre votre chien et vous et mène aux problèmes parmi les plus difficiles à vivre, comme l’agression envers vous-même et ce qu’on appelle la détresse acquise (définition claire ici de cette triste conséquence qui n’est pas si rare).

Pour conclure, secouer son chiot par la peau du cou est un geste qui n’a rien de « naturel » pour un chien, qui est brutal et qui, lorsqu’il vous donne l’impression de parvenir à vos fins, a des effets secondaires catastrophiques sur votre animal

secouer son chiot par la peau du cou

Prenez un bon départ pour les 10 ou 15 prochaines années : refusez tout acte de violence physique avec votre chiot !

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2-Il ne faut pas regarder un chien dans les yeux trop longtemps

D’où vient cette croyance

Quelqu’un vous a peut-être déjà conseillé de ne jamais regarder votre chien dans les yeux trop longtemps, au risque de vous faire dévorer tout cru. Les canidés, notamment les loups, pouvant se fixer dans les yeux avant de se battre, soutenir le regard d’un chien peut être interprété comme une provocation en duel.

Pourquoi c’est un préjugé

Comme souvent, le véritable pourquoi d’un préjugé dont l’origine est liée aux comportements des loups, vient d’une fausse croyance à propos des loups.

Pour résumer une étude récente (4) qui portait sur la communication par le regard chez 26 espèces de canidés (dont les loups gris), je vais résumer un article (5) sur le sujet. L’étude a démontré que les animaux dont on voit nettement les yeux sur la face sont plus socialement élaborés (par exemple, ils collaborent pour chercher à manger) et ceux dont on ne voit pas bien les yeux ont plus tendance à vivre seuls ou à deux plutôt qu’en groupe.

Un loup gris (animal dont on voit les yeux on ne peut plus distinctement), peut fixer plus longtemps un autre loup. Les chercheurs le calculent en secondes et par rapport aux canidés dont on ne voit pas bien les yeux. Un loup gris peut aussi regarder fixement quelque chose pour (très probablement) indiquer à un autre loup où regarder.

Cette étude rappelle (beaucoup de connaisseurs du loup le savent déjà) que les loups peuvent se fixer dans les yeux pour d’autres conséquences que la bagarre.

Mais venons-en aux chiens parce que les loups, en fait, on s’en fiche.

Une autre étude récente (6) a montré que les chiens qui regardent fixement leurs humains augmentent chez eux la production d’une hormone de bien-être (ocytocine), ce qui les fait se comporter d’une certaine façon avec leurs chiens, ce qui fait augmenter la production de cette même hormone chez les chiens. C’est une boucle. Et ils ont aussi fait inhaler cette hormone aux chiens et ont observé que ça les faisait fixer encore plus leurs humains.

Cette étude nous montre que les chiens (au cas où on ne l’aurait pas vu dans leurs grands yeux tout love love love) peuvent ressentir une émotion agréable quand on les regarde longuement.

Pourquoi vous pouvez oublier cette idée

Vous pouvez oublier la généralité qui dit « ne fixez jamais un chien dans les yeux ». Vous ne devriez pas oublier que chaque chien est unique, idem pour sa relation avec son humain (ou chaque personne dont il partage le quotidien) et ses compétences sociales.

Les chiens réagissent différemment quand on les regarde longtemps dans les yeux. Certains vont s’endormir 🙂 D’autres vont vite s’approcher de vous en remuant la queue. D’autres s’en vont vaquer à leurs occupations après quelques secondes. Et d’autres réactions sont possibles, dont des comportements hostiles.

Un chien peut aboyer, grogner ou se précipiter sur quelqu’un qui le regarde dans les yeux, parfois après un certain temps mais assez souvent, c’est rapide. Ce qu’il a vécu, appris qu’on le veuille ou non, et d’autres paramètres font qu’un chien peut avoir ce type de réactions.

C’est pourquoi, avec un chien que vous ne connaissez pas, il vaut mieux généralement éviter de le regarder trop longuement dans les yeux.

La communication par le regard est systématiquement une chose parmi d’autres. Il y a le regard, l’intonation de la voix si vous parlez, la position dans laquelle vous êtes, la distance entre le chien et vous, les gestes que vous faites ou pas, l’endroit où vous êtes… et bref, un chien qui se sent menacé peut réagir différemment de l’ordinaire en étant fixé du regard.

Pour conclure, avec un chien qui ne sent pas en danger, le fixer dans les yeux ne représente pas de danger. Avec un chien qui se sent menacé (pour n’importe quelle raison), vous pourriez le mettre mal à l’aise et faire naître une réaction dont vous vous seriez passé.

C’est une réalité très différente du fameux il ne faut pas regarder « un chien » dans les yeux trop longtemps.

fixer un chien dans les yeux

Si les chiens se sentaient forcément menacés par nos regards, la vie serait un peu compliquée !

3-Une fois qu’un chien a goûté au sang, il voudra recommencer

D’où vient cette croyance

Il est dit qu’un chien ne doit jamais goûter au sang sinon, il va devenir une bête sanguinaire. Il tue un mouton, il les tueras tous. Il mord quelqu’un une fois, il mordra à nouveau. Certains disent même qu’un chien qui a goûté au sang est bon à abattre.

J’ignore d’où vient cette croyance. J’ai l’impression qu’elle est extrêmement ancienne.

Je me demande si la source de ce préjugé n’est pas un peu mystique, s’il ne vient pas du temps où les gens croyaient aux loups-garous et ça aurait traversé les siècles.

Il y a pas mal d’idées fausses à propos des chiens qui ont des origines floues.

Pourquoi c’est un préjugé

Premièrement, il n’existe aucune preuve scientifique démontrant que le goût du sang condamne un chien à se mettre en quête du goût du sang. Il existe, en revanche, toute une batterie d’études aujourd’hui (faciles à trouver !) se penchant sur le vaste sujet de l’agression. 

On étudie les différents types de comportements d’agression chez le chien. Des classements sont proposés. Il y a des théories sur les causes des agressions, qui donnent lieu à des techniques de conditionnement qui fonctionnent. Les travaux de recherche ont permis de comprendre que les chiens qui mordent ne recommencent pas systématiquement, comme s’ils étaient devenus des drogués du sang.

On sait qu’il faut notamment scruter à la loupe les circonstances dans lesquelles une agression s’est produite. Et si des chiens peuvent parfois recommencer, c’est souvent parce que mordre leur a permis de se faire comprendre. Je veux toucher un chien, mais il m’envoie des signaux avec son corps, ses yeux… et moi, je ne les vois pas, alors le chien me mord et bien sûr, je n’essaie plus de le toucher.

C’est en cela que mordre a été efficace pour lui (j’ai arrêté d’essayer de le toucher) et que si la situation se reproduit, il peut mordre à nouveau.

Deuxièmement, dans le cas des morsures sur les gens, les chiens ne font-ils pas tout le contraire de ce que dit ce préjugé ? Ils préviennent encore et encore (seulement on peut ne pas le remarquer) et un chien qui a déjà mordu peut aussi prévenir encore et encore. 

Enfin, dans le cas d’un chien qui tue une bête, ce n’est pas le goût du sang qui le pousse à essayer de recommencer. Traquer, poursuivre et pour certains chiens, attraper et tuer une bête, relève plus du « petit plaisir irrépressible » (aussi atroce que cela soit pour nous), que de la folie meurtrière.

Pourquoi vous pouvez oublier cette idée

Un chien ne veut pas à tout prix recommencer, une fois qu’il a blessé ou tué, parce qu’il a découvert le goût du sang et ne pourra plus s’en passer. Les causes sont plus complexes.

Les chiens sont poussés (involontairement) à recommencer ou bien nous n’avons pas compris ce qui s’est passé, alors nous ne faisons pas attention à ce qu’il faudrait faire ou pas et ça se reproduit.

Il y a un décalage entre l’acte de blesser ou tuer pour un chien, et ce que nous ressentons quand ça se produit. C’est tellement choquant qu’il nous est difficile d’avoir les idées claires.

Fréquemment, d’ailleurs, quelqu’un peut être traumatisé à vie par une morsure de chien (ou en voyant son chien tuer un animal) tandis que pour le chien, c’est quelque chose qui lui a rendu service (ou qui l’a beaucoup diverti dans les champs)- l’événement n’a pas été vécu de la même façon.

L’agression chez le chien fait l’objet de beaucoup beaucoup de travaux de recherche. Nous avons appris deux ou trois choses (rien sur le sang ou la dépendance au goût du sang) et nous savons même remédier aux problèmes d’agression.

Pour conclure, jusqu’à preuve du contraire, goûter du sang ne rend pas un chien plus agressif. Une morsure ou l’attaque d’un animal, ne bouleverse pas son destin jusqu’à la fin de ses jours. Une fois qu’un chien a mordu, évidemment il ne faut pas négliger la probabilité qu’il recommence. Mais ne comptez surtout pas sur un préjugé moyen-âgeux pour comprendre ce qui s’est passé ! 

chien goût du sang

Un chien ne tue pas des animaux par addiction au sang.

Sources/Références

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2018-12-03T09:45:58+00:00