Ne corrigez pas votre chien : corrigez ses comportements

Corriger son chien ne relève pas de l’éducation, mais plutôt de la revanche personnelle. Cela pousse de nombreux chiens à se défendre et n’aide pas à créer un cadre de vie épanouissant et favorable aux apprentissages. Beaucoup de gens le font, de temps en temps, parce qu’ils ne savent pas quoi faire d’autre et non dans l’intention de martyriser. Dans cet article, nous allons voir les principales façons de corriger les comportements de son chien, au lieu de s’en prendre personnellement à lui.

1- Quand vous ne pouvez pas éduquer

Votre toute première réaction, au moment où votre chien se comporte mal, ne doit pas être d’exprimer de ce que vous ressentez. Si vous voulez vraiment éduquer votre chien, être efficace à long terme, il faudrait même que cette réaction n’ait aucun rapport avec ce que vous ressentez !

Quand c’est le cas, vous corrigez votre chien et donc vous ne l’éduquez pas. Je rappelle qu’un chien ne peut pas comprendre ce qui est bien ou mal. Souvenez-vous que votre chien doit comprendre quel comportement vaut gratification. 

Et il y a des situations dans lesquelles ceci est juste impossible. Tout ce que vous pouvez et devez faire, c’est gérer l’urgence.

Si je vois mon chien en train de détruire son coussin, je dois interrompre le comportement. Il y a urgence ! Mais disons qu’il n’y a pas d’urgence de sécurité. Interrompre le comportement, ça ne veut pas dire montrer ma colère, ni donner une leçon, le remettre à sa place… Tout ça, avec un animal quel qu’il soit, ne vous apporte que des ennuis. Avec un chien, un geste brutal vous fait prendre le risque d’être mordu (maintenant, plus tard quand ça recommencera, ou à un moment où vous ne vous y attendrez pas du tout).

Avec l’exemple du coussin, vous pouvez retirer le coussin pour le sauver de la destruction. Autre exemple : poser le pied sur la nourriture avariée que votre chien est en train de dévorer par terre. Parfois, avec votre chien en laisse, vous ne pouvez que vous éloigner de ce qui a déclenché son « mauvais » comportement.

Quand vous ne pouvez pas éduquer, gérez l’urgence et n’en faites pas une affaire d’état. C’est un chien qui exprime un besoin. S’il pouvait parler, il vous dirait ce que vous devez savoir. Il ne peut pas parler. Alors, il utilise sa gueule, ses crocs, sa voix, ses pattes… Il fait des choses énervantes, mais seulement parce qu’il ne peut pas vous dire ce dont il a besoin.

2- Quand vous pouvez interrompre un mauvais comportement

Avec un peu de pratique, vous pouvez crier le nom de votre chien en maîtrisant votre voix et/ou en maîtrisant la suite. Vous vous donnez une seconde pour vous mettre dans votre rôle d’éducateur et pas celui de justicier qui répare un affront personnel. Oui, criez en situation d’urgence, mais dans le but d’attirer l’attention de votre chien en augmentant le volume.

C’est une intention tout à fait différente du cri de colère.

Idéalement, utilisez le nom de votre chien uniquement en cas de nécessité (= pour attirer son attention) et en guise d’introduction à une demande (ordre). Pour que ça fonctionne, pour que votre chien vous prête effectivement attention quand vous dites ou criez son nom, il faut réserver celui-ci à ces fonctions utiles. Ne l’utilisez pas en guise de demande à longueur de temps.

Et donc, ne vous contentez pas de crier son nom ; c’est juste l’introduction de votre demande. Mais avant de parler de cette demande, parlons de l’utilisation du corps pour communiquer.

N’utilisez pas votre corps pour décharger ce que vous ressentez, mais pour vous faire mieux comprendre. Par exemple, pour interrompre la destruction du coussin, ne restez pas à dix mètres derrière votre chien. Approchez-vous tout de suite et vous serez dans une dynamique très différente. Déjà, vous aurez un contact visuel ou du moins, la possibilité d’en avoir un. Si vous utilisez votre index pour le faire s’éloigner, il va voir le geste. Si vous tapez dans vos mains, le bruit sera plus efficace à côté de lui.

Il vous faut un mot pour interrompre. Ne pas en avoir pousse à corriger son chien ! Choisissez votre mot (ou groupe de mots), celui qui est le plus naturel pour vous, comme arrête ou ça suffit. Si le plus naturel pour vous est de crier « hého » ou quelque chose de similaire, faites-le, mais sachez que les mots incitent moins à perdre le contrôle. Éventuellement, accompagnez le mot d’un bruit, comme frapper dans les mains.

Interrompre un mauvais comportement, ça ne veut pas dire vous ruer sur votre chien, l’attraper par la peau du cou et le traîner dehors, par exemple. Ça, c’est faire un drame personnel d’une bêtise de chien. C’est dangereux, c’est inutile et c’est également injuste, parce que votre chien lui, n’agit pas contre vous. Il exprime un besoin. Pourquoi vous vous en prendriez personnellement à votre chien qui ne fait qu’exprimer un besoin de chien ?

3- Quand vous pouvez éduquer

Disons que vous avez réussi à interrompre un mauvais comportement. Si votre chien s’arrête, il faut le récompenser. Vous n’interrompez pas un mauvais comportement pour réparer un affront, vous faites de l’éducation. Donc, que vous faut-il ? Il vous faut un bon comportement à renforcer. Et si votre chien s’est arrêté de faire sa bêtise, vous l’avez ce bon comportement !

Par exemple, si votre chien s’agite pour sortir du coffre de la voiture alors que vous n’avez pas remis la laisse et que vous criez « Rex ! Arrête ! » et qu’il arrête… ne mettez pas la laisse en râlant « c’est quand même un monde, hein ! » et donc en ignorant totalement la réussite !!

Comptez trois secondes (ou ajustez ce timing selon votre chien) ; n’attendez pas trop mais suffisamment pour être sûr que ce n’est pas « une pause pour mieux repartir » et que vous avez bel et bien réussi à l’interrompre. Ensuite, deux cas de figure :

  1. vous n’avez pas de friandise de récompense sur vous : utilisez votre mot marqueur de réussite. Le mot « oui » est une valeur sûre (montez l’intonation !) mais certains préfèrent un mot plus spécifique qu’ils n’utilisent que dans ce cas précis (de satisfaction par rapport à un comportement) comme « bon chien » ou « excellent ». Après votre marqueur, c’est bon, vous avez le temps de prendre votre temps pour chercher une friandise (pas toujours indispensable dans ce cas, mais ça aide, surtout si ça devait se répéter).
  2. vous avez une friandise de récompense sur vous : donnez-la de suite après les fameuses trois secondes (ou ce temps qu’il faut pour être sûr que votre chien a fondamentalement arrêté.

Pour avoir la présence d’esprit de marquer un bon comportement alors qu’un mauvais vient de se produire, vous n’avez besoin que d’une chose : ne pas laisser vos émotions vous dicter votre comportement avec un animal.

C’est tout. Si vous trouvez ça difficile, entraînez-vous, c’est quelque chose qui peut se travailler ; ce n’est pas une exclusivité chez des gens hors du commun ou je ne sais quoi. Souvenez-vous qu’on ne doit pas corriger son chien mais son comportement.

Enfin, si votre chien continue… ça n’est pas plus personnel qu’avant, hein… Il ne vous teste pas, il ne vous défie pas ; son besoin de faire ce qu’il fait est trop puissant à ce moment-là. Ça ne justifie toujours pas la correction du chien. Si vous êtes dans l’obligation d’intervenir avec vos mains, de forcer, faites ce que vous avez à faire sans pour autant montrer votre colère, faire peur ou faire mal. N’en rajoutez pas trois couches et passez à autre chose !!

Quand vous serez calmé, là, vous pourrez envisager des solutions. Corriger son chien ne fait pas partie des solutions.

4- Quand vous pouvez attendre un meilleur comportement

Nous ne sommes plus dans des situations d’urgence où il faut courir remettre son chien en laisse ou sauver un objet de la destruction, etc. Ceci dit, comme cette technique de « correction » est l’une des plus efficaces, si vous souhaitez essayer, n’oubliez pas que vous pouvez reproduire pas mal de situations d’urgence.

Pour vous donner un exemple : je ne peux pas attendre que mon chien cesse de tirer sur sa laisse quand je m’arrête au passage piéton, parce que c’est trop dangereux. Mais je peux sûrement aller marcher dans un chemin sans voiture, m’arrêter tous les x mètres et lui demander assis, petite récompense, on continue…

En fait, toute la difficulté parfois, c’est juste de trouver, imaginer, élaborer des circonstances d’entraînement.

Il s’agit d’attendre que son chien ait de lui-même un comportement qui convient. Quand c’est possible ou quand on peut trouver des circonstances de travail :

  • il faut beaucoup de patience pour ne pas parler, résister à l’envie de demander quoi que ce soit, ou de tout arrêter.
  • il faut attendre deux ou trois secondes (comme on l’a vu plus haut), pour être sûr que ce n’est pas une « pause » mais bien un nouveau comportement : par exemple, on peut sentir la différence entre un chien qui arrête de tirer une demi-seconde pour reprendre de l’élan et un chien qui Arrête De Tirer !! Mais on n’attend pas trop longtemps, bien sûr, au risque que ça recommence.
  • il ne faut pas ignorer les comportements qui ne sont pas « géniaux » (encore moins les réprimer) : imaginons que je veuille faire demi-tour et mon chien arrête de tirer, mais il est toujours devant moi et son corps est relativement tendu. Ce n’est pas génial ; il ne fait pas demi-tour ! Mais c’est une première étape. Je dois la marquer (marqueur de réussite, voir plus haut) et la récompenser.

Si je tire sur la laisse quand mon chien tire sur la laisse, je corrige mon chien. Aucun intérêt, à part lui faire mal et soulager ma colère. Si j’attends un meilleur comportement (à renforcer), je fais de l’éducation.

Dans d’autres circonstances (sans distractions, en « enlevant » tout ce qui peut faire échouer), vous serez en mesure d’attendre un bon comportement. Il vous sera possible de tout préparer pour que ce comportement se produise effectivement, alors que « dans la vraie vie », il ne se produit jamais. Vous vous serez vous-même préparé, vous saurez qu’il faudra rester patient.

Ça n’a tellement rien à voir avec ces moments où votre chien vous fait sortir de vos gonds que même quelqu’un de pas particulièrement patient peut attendre de looongues minutes avant de voir son chien faire ce qu’il espérait (arrêter de tirer, d’aboyer, ou autre chose à récompenser).

5- Quand vous pouvez prendre des décisions

L’éducation n’est pas votre seule option. Avec un chien, toute une partie de la vie quotidienne est faite de décisions à prendre ou conduites à tenir. Pour corriger un comportement et non corriger son chien, on doit parfois prendre des décisions. Toutes bêtes, non contraignantes et qui ne dérangent personne. Pourquoi on ne les prend pas ? Je ne sais pas trop, mais je pense à deux types de personnes.

Il y a des gens qui ne se rendent pas bien compte de ce qu’est un chien. C’est juste qu’ils ont des attentes à côté de la réalité. Par exemple, je connais quelqu’un qui laisse de la nourriture sur la table et qui me dit « non mais tu te rends compte, il vole dans les assiettes ». Ah bon ????? Mais comment est-ce possible ???? 🙂

Sérieusement, parfois, nous sommes responsables des mauvais comportements, juste parce que nous ne prenons pas les bonnes décisions. J’ai dû expliquer que les chiens aiment manger ; beaucoup sont très gourmands. Quand il y a de la nourriture, c’est comme s’il ne devait plus jamais y en avoir. Pour cette raison, tu dois prendre la décision de ne plus laisser de la nourriture à l’air libre, au lieu de me demander comment apprendre à ton chien à ne plus voler dans les assiettes que tu laisses sur la table !

Il y a des gens qui veulent tout contrôler. Vous n’avez pas à tout contrôler et quand vous ne pouvez pas contrôler quelque chose, vous pouvez sûrement contrôler autre chose. Je connais quelqu’un qui met à manger pour les oiseaux sur sa terrasse et (se plaint que) son chien devienne tout fou derrière la fenêtre. Pourquoi ne pas mettre les graines pour les oiseaux ailleurs que devant cette fenêtre ? Vous voulez contrôler le fait que votre chien est réactif aux volatiles ?

C’est pas possible de changer ça. Mais il existe des décisions à prendre pour que ce ne soit plus (ou moins) un problème pour vous.

6- Quand vous pouvez instaurer des rituels

Vous corrigez facilement de nombreux comportements problématiques en instaurant des rituels. Les rituels évitent de corriger son chien. Ils automatisent les bons comportements.

Quand on a un chien glouton-vorace très énergique et puissant, et que lui donner sa gamelle est un défi quotidien (on dirait qu’il va vous manger), le faire s’assoir avant de poser la gamelle est utile. Au lieu de corriger son chien, on corrige son comportement : on lui apprend si tu t’assois, tu manges. PS : si vous n’y arrivez pas, pensez aux fameux entraînements hors situations problématiques ; par exemple, commencez avec une friandise posée par terre ou la gamelle vide et quand le chien n’a pas faim.

Les rituels fonctionnent avec d’autres comportements que s’assoir. J’en ai plusieurs à la maison. L’un d’eux consiste pour ma chienne à reculer jusque sur un tapis à plusieurs mètres d’une porte quand j’ouvre la porte et que mon chat est derrière. Pour ma chienne, c’est si tu recules, tu sors. Et mon chat entre et elle sort – sinon, ça fait des embouteillages à la porte et ma chienne peut se bloquer, et mon chat alors peut se faufiler très vite, et il me la déclenche, enfin bref… 🙂

Avant d’obtenir quelque chose, un chien peut aller à sa place (dans son panier), attendre et pas bouger, se coucher ou peu importe ce qui s’avère pratique. Du moment qu’il comprend que ça lui permet d’avoir ce qu’il veut, ça marche. Comme ça concerne des choses du quotidien, ça se répète tout le temps : ça s’apprend très vite et vous n’avez plus rien à demander à votre chien car, rapidement, il le fait de lui-même.

C’est mieux d’instaurer des rituels en prévention d’éventuels mauvais comportements, mais on peut en créer à tout moment de la vie avec un chien pour corriger des comportements.

7- Quand vous pouvez apprendre de nouveaux mots

C’est une solution parmi d’autres. Peut-être qu’un nouveau mot pourrait résoudre un problème. C’est-à-dire que votre chien aurait besoin de savoir faire quelque chose sur demande.

Apprendre des mots (ou ordres) à son chien, ce n’est pas seulement apprendre des « ordres de base », comme assis ou au pied quand il arrive chez vous ou quand il est encore bébé. A tout âge, un nouveau mot que vous apprenez permet de demander à votre chien d’avoir un comportement qui va remplacer celui qu’il a naturellement et qui pose problème.

S’il n’y a pas déjà quelque chose qu’il sait faire sur demande et pourrait vous rendre service pour ce problème que vous rencontrez… Oui, parce que nous apprenons des mots dans un but précis ou bien nous les utilisons fréquemment dans les mêmes conditions, et nous pouvons avoir du mal à voir leur utilité dans des circonstances inhabituelles. Mais il arrive que des chiens sachent déjà répondre à une demande et ça pourrait servir pour un nouveau problème.

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2018-01-05T08:10:10+00:00