Un chien réactif en laisse, c’est une expression un peu froide mais courante pour parler d’un chien qui, attaché, change de comportement à la vue d’un autre chien. Tandis que certains chiens réagissent à leurs congénères qu’ils soient attachés ou non, d’autres sont un peu ou nettement plus détendus en étant détachés.

Précisons que les techniques présentées sur cette page sont aussi utilisées pour la réactivité aux humains, aux bruits, aux voitures, etc.

Notez qu’une technique peut fonctionner pour un chien et moins pour un autre et qu’on ne choisit pas « ce qui nous inspire le plus » mais ce qui nous paraît le plus adapté au chien et aux circonstances.

Le point commun principal entre ces techniques est le refus de recourir à l’aversion, la punition, la correction… tout ce qui est susceptible d’envenimer les choses et d’abîmer la relation entre une personne et son chien. Aucune de ces techniques ne fonctionne, si en parallèle, on perd son sang-froid ou si on essaie d’intimider son chien.

Il existe d’autres façons de procéder. Nous allons rester dans le relativement « accessible à tous » (avec quelques bémols !).

1- Changer ce que le chien ressent

Quand on applique cette première technique, le but est de modifier l’émotion que le chien ressent en voyant un chien (ou quelqu’un, ou quelque chose qui déclenche une réaction chez lui). On part du principe que si l’émotion change, le comportement change.

Cette théorie fonctionne. Par exemple, si un chien aboie sur des chiens parce qu’il veut les repousser parce qu’il en a peur, le fait qu’il n’en ait plus peur fera disparaître l’aboiement.

Cette technique s’appelle « contre-conditionnement » (souvent accompagnée d’une autre technique appelée désensibilisation) et prend diverses formes car ce n’est pas une science exacte. On peut dire qu’il y autant de façons de faire du contre-conditionnement qu’il y a de personnes qui utilisent la technique.

Parmi les « variantes » les plus utilisées, on encourage (avec de la nourriture) les comportements qui nous conviennent pendant que ces comportements se produisent. S’ils sont longs, par exemple un chien s’arrête et regarde un congénère qui passe sur le trottoir d’en face pendant 30 secondes, on le fait tout du long. Si les comportements sont brefs, par exemple un chien regarde un chien passer 2 secondes avant de détourner la tête, soit on est rapide à donner la nourriture ; soit on utilise un mot (oui !); soit on utilise un clicker (un outil pratique).

Pour aller plus loin, vous pouvez consulter :

Peur et frustration sont les grandes causes de cette réactivité de certains chiens, avec l’hostilité (qui est très souvent due à la peur mais pas systématiquement). Cette technique fonctionne aussi bien pour les comportements d’agression que pour la peur et la frustration.

Certains d’entre nous peuvent la trouver difficile sans se faire aider. Il faut être particulièrement attentif pendant les sorties, rapide à agir dès que l’opportunité de travailler se présente, rapide à s’éloigner si jamais le chien est déclenché malgré toute notre vigilance.

Notre première technique présente les mêmes inconvénients que toute méthode basée sur le contre-conditionnement (et la plupart le sont).

  • Une solide préparation en amont est nécessaire : il faut notamment diminuer la fréquence des incidents le plus possible. Et le contre-conditionnement fonctionne toujours mieux si vous pouvez trouver chaque jour ou disons au moins tous les deux jours, au moins un endroit où votre chien a l’opportunité d’être suffisamment loin d’un chien (ou des gens, etc.) pour ne pas réagir (et pouvoir travailler).
  • De nombreuses répétitions sont nécessaires. Les résultats sont plus rapides quand on réussit à éviter un maximum d’incidents et à répéter tous les jours et à remplir la condition ci-dessous…
  • Le mieux est d’avoir des complices, c’est-à-dire de pouvoir demander à au moins une personne (dans la combine, donc vous avez bien discuté de ce que vous allez faire !) de se positionner à tel endroit et tel moment avec son chien (qui lui n’est pas du tout réactif en laisse et il n’y a aucun contact tant qu’il n’y a pas le progrès escompté).
  • Soulignons ce point car il est vraiment important : travailler avec votre chien et des inconnus dehors et/ou des chiens inconnus est beaucoup plus compliqué que de créer des conditions que vous maîtrisez.

Illustration. Juste un exemple en vidéo pour vous faire une idée de ce qui est pratiqué avec le contre-conditionnement. Vous pouvez mettre les sous-titres en anglais mais ça ne parle pas trop dans cette vidéo. Observez surtout la distance qui se réduit progressivement : parce que le petit chien noir reste détendu, la jeune femme peut s’approcher avec lui du chien dans la cage. Elle ne s’approche pas parce qu’elle en a envie.

On se base sur les progrès du chien.

Nous avons un éducateur canin qui filme et coache une cliente avec son chien, et le chien dans la cage est le chien « complice » (sans doute le chien de l’éducateur). PS : la cage n’est pas du tout indispensable ; imaginez un chien tenu en laisse car c’est beaucoup plus fréquent que d’utiliser une cage.

Plus d’explications et de multiples exemples de contre-conditionnement.

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2- Demander au chien de s’intéresser à soi

Une forme de contre-conditionnement consiste à encourager « tous les comportements qui ne sont pas celui (ceux) qui pose problème » et c’est souvent de cette façon que la technique n°1 est appliquée avec un chien réactif en laisse.

Il y a une autre façon de procéder, consistant à encourager un seul comportement bien précis.

Pour notre problème de réactivité aux congénères (ou aux humains, etc.), ce comportement est dit « incompatible » avec les comportements problématiques. C’est à dire que pendant que le chien a ce comportement, il ne peut pas aboyer, grogner, pleurer, etc.

L’un des comportements les plus utiles est le fait de vous regarder dans les yeux. Selon les chiens et leurs humains et/ou les lieux qu’ils fréquentent, d’autres comportements incompatibles peuvent être utiles. Les plus utiles sont ceux qui « tournent » votre chien vers vous et donc il s’intéresse à vous (ceci peut se travailler si on n’y arrive pas bien).

On s’entraîne d’abord sans la présence de ce qui fait réagir le chien !

Votre chien apprend que vous regarder dans les yeux vaut récompense. On peut éventuellement associer les mots « regarde-moi » au comportement et donc être en mesure de le lui demander. Pendant que votre chien vous regarde dans les yeux, il ne peut pas regarder autre chose.

Cette façon de procéder peut supprimer les comportements gênants. Le chien, peu à peu, préfère vous regarder et obtenir sa récompense que de faire quoi que ce soit d’autre.

La technique est relativement facile à appliquer par soi-même. Si on a bien compris le pourquoi du comment et que l’on procède en prenant son temps (si vous demandez ça à votre chien à 2 mètres d’un chien du genre qui le fait « sortir de ses gonds », ça ne fonctionne pas plus que tout le reste).

L’autre avantage de cette technique, c’est qu’elle est combinable avec d’autres façons de s’y prendre.

En effet, je peux utiliser la technique 1 et, en parallèle, je peux me servir de cette technique du comportement incompatible pour les « moments critiques » (car n’oublions pas que j’essaie de limiter la fréquence des incidents) et ceci m’évite d’avoir recours à la menace ou la force physique.

PS si votre chien réagit à des personnes : pour les inconnus au cours des sorties (qui n’ont pas à toucher votre chien ni même à l’approcher), cette technique peut s’avérer très utile. Pour l’entourage, on imagine aisément que la technique n’est pas idéale.

Utile pour les comportements d’agression comme pour la peur et la frustration, cette technique est parfois appliquée avec un clicker et parfois non.

Premier problème de cette technique : l’émotion du chien ne change pas ou que très peu. J’ai bien travaillé et mon chien a acquis un super « regarde-moi ». Voilà des semaines qu’il n’a plus pleuré/grogné… sur aucun chien. Mais… si je n’utilise pas mon petit comportement incompatible, mon chien réagit !

Deuxième problème, pour la réactivité aux congénères, cette technique – aussi alléchante soit-elle – présente l’inconvénient d’empêcher votre chien de communiquer avec les autres chiens.

Disons qu’avec un chien réactif en laisse à un type de chien très spécifique (ex : les grands chiens noirs ou les petites femelles, etc.) ou si vous ne croisez des chiens en promenade que de temps à autre, lui apprendre un comportement incompatible n’est pas une « mauvaise » solution. Pour son bien-être, on préférerait qu’il devienne plus sociable. Mais si le problème se manifeste de façon vraiment sporadique, se lancer dans quelque chose de plus pointu sur des semaines ou des mois n’est peut-être pas indispensable.

Dans le cas où votre chien est amené à avoir des contacts avec des congénères de façon quotidienne ou très régulière, il vaut mieux utiliser cette technique comme « solution de dépannage » et vous tourner vers autre chose pour un travail de fond.

C’est un très bon dépannage. Le chien ressent certainement une émotion plus agréable en vous regardant qu’en regardant ce qui le déclenche. C’est bien plus sain, pour lui et votre relation avec lui, que de tirer de grands coups sur la laisse ou autres réactions trop brusques que l’on voit trop souvent !

Illustration. Juste une vidéo pour illustrer cette technique. Le regarde-moi commence à 2:30.

L’éducateur canin encourage le chien à le regarder en arrivant (donc bien avant d’arriver) près de ce qui risque de le déclencher et il le félicite. Notez que par rapport à la vidéo précédente, il travaille en conditions réelles – il y a des chiens de l’autre côté de la rue dans les jardins.

PS : au tout début de la vidéo, on voit que ce chien a appris à faire des demi-tours (phase 1 avec un leurre, phase 2 avec la main, phase 3 sans leurre ni main). Ceci fait sans doute partie des choses les plus utiles à apprendre à votre chien s’il est réactif en laisse, comme on dit (car pour pouvoir progresser, il faut éviter que le chien soit déclenché).

3-Renforcer les comportements « pacifiques »

Cette troisième technique est parfois utilisée en travaillant avec la technique 1 (qui encourage tout comportement contraire à ceux dont on ne veut pas).

C’est encore du contre-conditionnement, à la base, mais c’est plus axé sur la communication entre chiens : on va aussi ou surtout ou uniquement (rappelons que tout ceci n’est pas mathématique !) privilégier le renforcement des bons « signaux » ou « codes » de communication entre chiens.

Parce que ce sont des comportements très brefs, la plupart du temps, c’est plus facile avec un clicker mais on peut le faire sans clicker également.

La méthode BAT (Behavior Adjustment Training) développe tout un programme pour ne faire que ça.

Pour résumer (très succinctement !), on renforce essentiellement des « signaux » que l’on voit sur le corps du chien et ces signaux sont notamment destinés à rompre le contact (visuel ou olfactif – ex : tourner la tête ou renifler par terre, au lieu de grogner) avec ce qui pourrait le déclencher, ou ils indiquent que le chien est en train de se détendre (on peut donc observer la queue, les poils, les oreilles…).

La technique 1 privilégie généralement les comportements indiquant que le chien est détendu.

L’avantage, c’est qu’il s’agit aussi d’une approche « de fond » (elle change les émotions) et pour la réactivité aux congénères, cela aide le chien réactif en laisse à mieux communiquer avec les autres chiens. Pour un chien amené à être en contact avec des congénères tous les jours, c’est une bonne approche du problème.

L’inconvénient de la méthode BAT, c’est qu’elle est très, très rigoureuse. Il y a une laisse spéciale et une façon de la tenir, et plein de choses à savoir avant de commencer. Il faut l’étudier à fond aussi parce que les fameux signaux à renforcer demandent de l’entraînement. Et puis l’autre inconvénient, c’est que tout est en anglais.

Si votre anglais n’est pas trop rouillé 🙂 la créatrice du BAT explique sa méthode en vidéo dans les grandes lignes. Il existe également un livre décrivant le BAT, hélas en anglais (et plutôt technique).

Pour plus d’informations en français, vous pouvez consulter cet article.

A vous de savoir ce que vous encouragez chez votre chien. Lorsque vous avez bien recherché le sujet et que vous connaissez mieux le langage corporel de votre chien, vous pouvez renforcer les bons signaux en pratiquant le contre-conditionnement (technique 1) sans appliquer le BAT.

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4-Voir un chien = bonbon, bonbon=plaisir, voir un chien=plaisir et ne plus voir un chien = plus de bonbon

Vous avez peut-être reconnu la « description » de ce qu’on appelle le conditionnement classique.

Cette technique consiste à associer « l’objet » qui déclenche le chien (chien, enfant, homme à chapeau, etc.) à ce qu’il préfère le plus – généralement, la nourriture est privilégiée parce qu’elle permet à un chien de rester calme.

Avec cette technique, vous ne vous préoccupez pas trop de ce que votre chien fait (contrairement à la technique 1).

Bien sûr, s’il aboie, il ne prendra pas de nourriture. Donc ici aussi, vous êtes suffisamment loin de « l’objet » (ce qui le déclenche) pour que votre chien ne réagisse que « très peu », mais, contrairement au contre-conditionnement, vous n’attendez pas forcément que votre chien soit le plus détendu possible.

Par exemple : en voyant un petit chien blanc, mon chien se raidit avec les oreilles relevées. Il aboie un peu, mais s’arrête. Il aboie encore, et s’arrête encore. Entre deux séries d’aboiements, et pendant que le petit chien blanc est dans son champ de vision, je lui donne des « bonbons ». Attention… dès l’instant où le petit chien blanc n’est plus visible (par mon chien), j’arrête les bonbons !

Avec la technique 1, si le chien aboie, on s’en va le plus vite et le plus loin possible (c’est donc « raté » pour cette fois, et plus vous ratez, moins vous y arrivez) ! On évite à tout prix les incidents, souvenez-vous. Tandis qu’avec cette quatrième technique, certes il vaut mieux partir parfois, mais on essaie fréquemment de persévérer même si le chien a déjà réagi.

L’avantage de cette technique, c’est qu’elle est vraiment plus accessible à un grand nombre de personnes. Evidemment, il faut s’informer autant qu’on le peut, réfléchir et se préparer, savoir quand est-ce qu’on prend le moins de risques, etc. ! Autre avantage, elle « s’attaque » (en douceur !) au problème de fond aussi, car lorsque cela fonctionne, c’est que les émotions du chien ont changé.

L’approche est évoquée ici pour la réactivité aux chiens.

Cette technique est de moins en moins populaire dans le milieu professionnel, surtout parce qu’elle peut prendre beaucoup de temps. Ceci dit, elle reste utile, par exemple avec un chien dont les réactions sont « peu intenses » et dans des conditions très spécifiques – par exemple, un chien qui ne réagit qu’à un certain type de chien uniquement ou à un seul chien (c’est le cas de la vidéo ci-dessous, les chiens sont de la même « famille ») et si c’est bien fait, ça peut tout à fait fonctionner.

Illustration. Pour voir ce que ça peut donner.

Le bouledogue anglais n’est pas très détendu au début, mais nous avons vu que le conditionnement classique ne requiert pas qu’un chien soit super « cool » pour bien travailler.

A 3:00, l’éducateur demande à la personne qui tient en laisse le bouledogue anglais sur la terrasse, de partir et il demande à la personne qui tient le petit bouledogue d’arrêter de donner des friandises. Puis à 3:25, quand le bouledogue anglais revient, le petit bouledogue a de nouveau des friandises.

Voir un chien = bonbon, bonbon=plaisir, voir un chien=plaisir et ne plus voir un chien = plus de bonbon !

Remarques importantes (quelle que soit la technique utilisée)

Attention, je n’ai fait que résumer. Il y a pas mal d’autres détails à connaître pour chacune de ces techniques.

Quand des chiens en laisse s’approchent l’un l’autre, ce n’est généralement pas naturel du tout et ceci contribue largement au problème de la réactivé aux congénères.

Deux chiens qui se rencontrent, en étant détachés, arrivent chacun par un côté et l’un va renifler le derrière de l’autre et vice versa. En laisse, ils se reniflent la face en premier et la face d’un chien ne fournit aucune information utile au chien qui la renifle (est-ce qu’il est détendu ? sniff sniff… je ne sens rien !!!).

En laisse, les chiens sont le plus souvent forcés de se « dire bonjour » d’une façon horrible pour eux (mouvements entravés, s’envoient les mauvais signaux, etc.) si on n’y fait pas attention.

Dès que l’occasion se présente, regardez comment les chiens se reniflent quand deux personnes qui promènent chacune leur chien s’arrêtent pour discuter : 9 chances sur 10 pour que les chiens ne soient pas libres de se renifler les derrières. C’est comme si vous vouliez dire bonjour et serrer la main à quelqu’un mais que vous étiez bâillonné avec les mains attachées dans le dos. Vous allez être forcé de faire des choses qui vont paraître bizarre ou qui peuvent faire peur à l’autre personne.

Pour donner plus de chances à votre chien adulte de devenir plus sociable, n’hésitez pas à faire appel à un éducateur canin. Si votre chien redirige son agression sur vous, ne tentez rien par vous-même et faites-vous aider au plus vite.

S’il est encore temps 🙂 afin d’éviter ce problème, je vous conseille vivement d’emmener votre chiot le plus tôt possible dans une bonne école pour chiots où il aura l’occasion d’être en contact avec d’autres chiots (et d’autres personnes que vous et la famille). Le plus souvent, les chiens réactifs en laisse le sont surtout parce qu’ils n’ont pas été familiarisés assez jeunes ou correctement avec la diversité du monde, dont la diversité des chiens.

La plupart des animaux de n’importe quelle espèce se ressemblent. Les chiens ont cette particularité d’être extrêmement différents les uns des autres et ceci ne les aide pas non plus à bien communiquer.

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